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📝 Texte
La lettre que grand-père n'a jamais envoyée
Après la mort de son grand-père Taoufik, Youssef range les affaires du vieil homme dans la maison familiale de Testour. Au fond d'un coffre en bois d'olivier, sous une pile de vieux journaux, il découvre une enveloppe jaunie, jamais cachetée, jamais envoyée. Le nom sur l'enveloppe est celui de Chedly, un ami d'enfance dont Taoufik ne parlait presque jamais. Ni ses enfants ni ses petits-enfants n'avaient jamais entendu ce nom prononcé à voix haute dans la maison familiale.
Youssef ouvre la lettre avec précaution. Son grand-père y racontait une dispute survenue quarante ans plus tôt, à propos d'un terrain agricole que les deux amis se partageaient. Les mots étaient sincères : Taoufik reconnaissait ses torts, demandait pardon et proposait de reprendre leur amitié comme avant. Mais à la fin, une phrase barrée expliquait tout : « J'ai peur qu'il refuse de me répondre, alors je préfère ne rien envoyer. »
Bouleversé, Youssef mène son enquête dans le village et retrouve finalement le petit-fils de Chedly, Anis, qui habite toujours près de la médina de Testour. Les deux jeunes hommes se rencontrent et lisent ensemble la lettre restée muette pendant quatre décennies. Anis raconte que son propre grand-père, lui aussi, regrettait cette querelle silencieuse jusqu'à la fin de sa vie. Ému, il propose à Anis de partager un café à l'ombre du même olivier qui a vu grandir leurs deux grands-pères.
Ce jour-là, Youssef comprend une chose importante : aujourd'hui, un simple message envoyé en une seconde depuis un téléphone peut réparer une amitié, alors que la peur d'être refusé a autrefois séparé deux hommes pendant toute une existence. Avec Anis, il décide d'organiser chaque année une rencontre entre leurs deux familles, pour que la fierté ne l'emporte plus jamais sur l'amitié.